Comprendre et fabriquer le monde nouveau: Nous sommes à l’aube d’une révolution industrielle d’une ampleur inédite. Tous les secteurs économiques subissent une profonde mutation de leurs modes de production et de distribution. Un domaine est touché depuis des années : les médias. Ce secteur fut une des premières « victimes » de la numérisation de l’économie. Chutes massives de rentrées publicitaires, restructurations, licenciements, et nouveaux business model à trouver. Les années 2000 ont été un choc pour les médias du monde entier.

Mais passé ce choc, nous prenons conscience que la numérisation offre de nouvelles opportunités, comme le soulignait il y a deux ans déjà le célèbre VC Marc Andreessen sur son blog. Jamais autant d’informations n’ont circulé. Et jamais ces informations n’ont autant eu besoin de certification, de ciblage, d’authentification. En bref : nous n’avons jamais autant eu besoin de journalistes (et d’algorithmes) pour donner de la valeur à l’information, pour un public ciblé qui a besoin de ces infos. En résumé : ce public sera mieux informé par des médias plus efficaces. Une information précise, de qualité, et correspondant aux besoins précis du client. Qui est donc prêt à les payer cher. Reste une question : qui fabriquera ces informations ? Les médias actuels, traditionnels ? Ou de nouveaux acteurs venus de nouveaux horizons ? Des êtres humains ou des robots ? En clair : qui seront les journalistes de demain ? 

Les médias sont emblématiques : le tsunami numérique ouvre de nouvelles perspectives dans un secteur économique. Mais celui-ci commence par souffrir. Par mécompréhension de l’outil. Au delà des médias, des transports ou de l’hôtellerie, dont  nous parlons beaucoup, tous les domaines sont aujourd’hui touchés, sans exception. Comme la santé, bouleversée par les perspectives inédites qu’ouvrent les « data sciences » ou la génétique. Des perspectives enthousiasmantes, mais déstabilisantes. Il faut commencer par comprendre ce qui se passe, puis trouver les réponses appropriées, dans tous ces domaines, pour les réinventer. En maîtrisant le « pétrole » de la nouvelle économie : les données. Et le moteur. Les outils informatiques qui les traitent : les logiciels, les algorithmes. Ceux-là même que les médias n’ont pas vu venir, et qu’ils n’ont pas compris à temps.

La politique a une mission complexe : encourager l’émergence de ce monde meilleur, encourager ses inventeurs, les chercheurs et les entrepreneurs, tout en ménageant les secteurs existants, en protégeant le citoyen, le consommateur. Mission complexe. Et fondamentale. Nous devons agir à tous les niveaux. Très tôt, en amont, en formant des citoyens qui comprennent ce monde nouveau. Il est urgent de renforcer la formation en mathématiques et en informatique dès l’école primaire. Et viser une maitrise du langage algorithmique dans le cadre de l’école obligatoire. Pour que les Suisses, et les européens, ne se contentent d’être les consommateurs du monde de demain, un monde fabriqué en Europe et en Asie.

Nous devons ensuite encourager la formation supérieure, la recherche fondamentale, la recherche appliquée et la création d’entreprises sur ces nouvelles compétences. Le transfert de technologies. En investissant dans la formation, tout en dopant le capital-risque. Le Réseau a lancé un grand débat sur ce thème central. Un débat qui doit être suivi d’effets à Berne : bonne nouvelle, le monde politique commence à sentir les enjeux. Une stratégie numérique a été mise en place. Il lui manque juste un pilote : un secrétaire d’Etat au numérique.

« La Suisse doit devenir logicielle », affirme Sacha Labourrey, CEO de Cloudbees, et membre du comité du Réseau. L’objectif est simple : il s’agit de d’inventer le monde de demain, et pas juste l’assembler, le consommer. Et c’est possible en Suisse ! La Suisse romande est devenue performante, et attractive. La preuve : MassChallenge, le plus grand accélérateur de start-up au monde, a choisi la région lémanique pour se développer en Europe. Le premier programme de quatre mois vient de démarrer à Renens, dans les locaux de l’UniverCité de Benoît Dubuis. Le Réseau y tiendra son Assemblée générale, au terme des quatre premiers mois. Le jeudi 13 octobre, nous y ferons la connaissance de start-up ambitieuses. Car il existe, en Suisse, des entrepreneurs qui veulent inventer le monde nouveau. Et relever le défi d’une génération, à l’aube d’une révolution industrielle d’une ampleur inédite. Notre devoir, à Berne, est de les encourager. Par tous les moyens.

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Fathi Derder

Conseiller national depuis décembre 2011, réélu en 2015, Fathi Derder (45 ans) est membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Il y défend une politique d’innovation active, et des conditions-cadres encourageant la recherche et le transfert technologique. Fathi Derder préside en outre l’association Le Réseau, un groupe de start-up, d’entreprises et de Hautes Ecoles suisses engagées pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Journaliste, il fut notamment rédacteur en chef adjoint à la Radio suisse romande, puis rédacteur en chef de La Télé, avant de devenir journaliste indépendant. Il collabore notamment avec le journal Le Temps. En 2015, il publie « Le prochain Google sera suisse (à dix conditions) », aux éditions Slatkine.

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